Les projets de traitement de l'eau offrent ils des débouchés pour le développement des PME à l'international ou s'agit-il d'un mirage ?

Dernière mise à jour le 17/04/2026

Traitement de l’eau : aubaine ou mirage pour la sous-traitance ?

Pénurie d’eau : Solutions de Substitution vs « Sobriété »


La pénurie d’eau potable et le stress hydrique représentent des défis cruciaux pour l’humanité. Population mondiale en constante augmentation (essentiellement dans les pays en développement), ressources en eau douce limitée. Les technologies innovantes de traitement des eaux usées qui fournissent essentiellement des eaux non conventionnelles (ENC) eaux non destinées à la consommation humaine et de dessalement émergent comme des réponses stratégiques. La pénurie d’eau est-elle un phénomène naturel ou un phénomène « orchestré » ? Ce n’est pas notre propos. Nous nous limiterons au constat que le traitement de l’eau est un marché lucratif en pleine expansion. Reste à savoir si cette expansion bénéficiera également aux PME en leur ouvrant des débouchés (fourniture et sous-traitance) à l’international ?

Technologies de traitement des eaux

Pour exemple, nous nous baserons sur la réalisation phare de trois pays figurant parmi les leaders de chacune des technologies.
Ce processus repose sur plusieurs étapes, notamment la filtration physique, les traitements biologiques et chimiques.

Le traitement des eaux usées


Le traitement des eaux usées consiste à purifier l’eau contaminée par des activités humaines ou industrielles pour être réutilisée ou rejetée dans l’environnement sans danger. À l’échelle mondiale, il n’existe pour l’heure actuelle, aucun État dans le monde qui ait adopté un cycle de l’eau totalement circulaire où 100% des eaux usées seraient traitées pour devenir de l’eau potable à grande échelle. L’idée n’en est encore qu’au stade de projets pilotes et d’initiatives locales, freinée par des obstacles technologiques, économiques et sociologiques.
Certains États et régions plus avancés que d’autres, servent de modèles pour la gestion durable de l’eau et la réutilisation des eaux usées, même si la boucle est loin d’être totalement bouclée.

Exemples d’usines leaders dans le traitement des eaux usées

SINGAPOUR : pionnier avec son programme « NEWater », qui recycle jusqu’à 40 % de ses eaux usées pour répondre à ses besoins domestiques et industriels. Le système d’assainissement en tunnel profond (DTSS) est un projet d’infrastructure d’eaux usées en réponse aux besoins à long terme de la cité–État en eau potable.

Le DTSS est structuré en deux phases sur plus de 20 ans, la Phase 1 étant achevée en 2008 et la Phase 2 devant se terminer d’ici 2025. Montant global > 7 milliards €. Phase 2 : nouvelle station de traitement des eaux usées (WRP) à Tuas, capable de traiter 800 000 m³ d’eaux usées par jour; 40 km d’égouts à tunnel profond et 60 km d’égouts de liaison. Innovation clé : le transport séparé des eaux usées domestiques et industrielles à travers des tunnels dédiés, convergeant à la WRP de Tuas. Recyclage de l’eau et production d’énergie grâce à la co-digestion des déchets alimentaires et des boues d’égout, générant du biogaz pour une utilisation énergétique durable.

ÉTATS-UNIS : La station de traitement des eaux usées de Stickney est l’une des plus grandes installations au monde. Elle peut traiter jusqu’à 1,4 milliard de gallons (5,3 milliards de litres) d’eaux usées par jour en cas de fortes pluies. Le traitement implique deux processus principaux : rendre les eaux usées sûres pour le rejet et convertir les solides en biosolides pour une utilisation agricole.
Le processus de traitement commence par un criblage grossier pour éliminer les objets plus volumineux et des bassins de décantation pour séparer les déchets solides. Les boues sont ensuite transformées en engrais riche en nutriments appelé biosolides.

SÉNÉGAL : SUEZ remporte le contrat de conception et de construction d’une station d’épuration urbaine et industrielle à Hann Bay à Dakar. Le contrat a été conclu avec Office National de l’Assainissement du Sénégal (ONAS), qui représentait le gouvernement du Sénégal. D’un montant total de 49 millions d’euros (dont 25 millions d’euros pour SUEZ), il bénéficie du soutien financier de l’Agence Française de Développement (AFD), d’Invest International du Royaume des Pays-Bas, de l’Union européenne et de la China Development Bank ( CDB).

Avantages et inconvénients du traitement des eaux usées

Avantages :
Réduction de la pollution environnementale.
Réutilisation de l’eau dans l’agriculture ou l’industrie.

Inconvénients :
Coûts initiaux élevés.
Complexité technique nécessitant une expertise spécialisée.
Obstacles juridiques
Les réglementations varient considérablement d’un pays à l’autre, ce qui peut compliquer l’exportation ou l’installation de technologies par des PME étrangères. Allusion faite aux diverses normes qui imposent des restrictions strictes sur la qualité de l’eau traitée.

Les technologies de dessalement (désalinisation)

Le dessalement consiste à extraire le sel et les minéraux de l’eau salée (mer ou saumâtre) pour produire de l’eau douce. Les deux méthodes principales sont :
• L’osmose inverse : une technologie utilisant des membranes semi-perméables.
• La distillation thermique : un processus basé sur l’évaporation et la condensation.

Exemples d’usines leaders dans le dessalement

ARABIE SAOUDITE : Construite en 2014, pour un coût supérieur à 7 milliards USD, l’usine de Ras AI Khair est la plus grande usine de dessalement hybride au monde avec une capacité de 1,036 million m3/jour. Capacité répartie entre les deux technologies MSF (distillation par détente à étages multiples) et RO (osmose inverse). Production combinée (MSF et RO) d’environ 860 millions de litres par jour. Pour le prétraitement : recours à la technologie DAF (Flottation à l’air dissous) /DMF (Filtre à double média) qui minimise l’impact sur l’environnement. L’usine répond aux besoins en eau et en électricité de 3,5 millions de personnes à Riyad. Enfin, cette usine de dessalement est considérée comme l’une des principales sources d’eau potable pour des millions de personnes.

ISRAEL : sous la pression américaine, le Chinois Hutchison Whampoa a été écarté de la giga usine de désalinisation en Israël. Sorek 2 ou Sorek B (initialement prévue pour 2023) produira 200 millions m³ d’eau potable par an, marquant une augmentation de 35% par rapport à la quantité annuelle produite à sa construction. Les 785 millions m3 d’eau potable qui sortiront de l’usine chaque année permettront de couvrir 85% des besoins en eau des ménages et des villes. L’usine Sorek (2005), est la plus importante du pays et l’une des plus grandes du monde à opérer un système d’osmose inverse

JORDANIE : le consortium mené par Meridiam-Suez vient de remporter la concession de 30 ans pour le dessalement et l’approvisionnement en eau potable de 3 millions d’habitants à Amman (capitale de la Jordanie) et Aqaba. Avec une capacité de 851 000 m3/jour, l’usine de dessalement du Golfe d’Aqaba sera, d’ici 2026, la 2e plus grande au monde et produira jusqu’à 40 % de la consommation d’eau potable du pays. 445 km de canalisations permettront d’acheminer l’eau potable jusqu’à Aqaba et Amman. Représentant un investissement d’environ 4 Md€, elle contribuera à garantir la sécurité hydrique du pays.

Avantages et inconvénients du dessalement

  • Avantages principaux :

Source d’eau abondante et fiable :
Pour l’essentiel, la désalinisation apparaît comme une réponse efficace pour les régions arides ou sujettes à des sécheresses chroniques, d’autant plus qu’elle fait appel à une Technologie éprouvée (mégaprojets du Moyen-Orient).

Valorisation des sous-produits
Un argument trop souvent négligé par les adversaires du dessalement : la récupération de minéraux précieux (comme le lithium) à partir de la saumure.

Intégration avec les énergies renouvelables
L’éventuel couplage de la désalinisation avec des sources d’énergies renouvelables (solaire etc.) en vue d’en réduire l’empreinte écologique, n’en est qu’au stade de l’exploration. Ce pourrait être une solution pour les régions côtières confrontées au stress hydrique avec une capacité à fournir une source d’eau stable même en période de sécheresse prolongée.

  • Inconvénients

Coûts élevés
Les coûts initiaux de construction et d’exploitation des usines de désalinisation sont jugés prohibitifs, l’eau dessalée pouvant coûter jusqu’à cinq fois plus cher que l’eau traitée provenant de sources traditionnelles.
Les familles modestes ne peuvent se permettre l’augmentation des factures d’eau qui en résulterait.

Impact environnemental
La gestion de la saumure, sous-produit hautement concentré en sel, est une préoccupation majeure car, rejetée dans l’océan, la saumure détruit l’oxygène dans l’eau et perturbe les écosystèmes marins, notamment près des fonds marins.


L’impact environnemental lié au rejet de saumures concentrées dans les systèmes traditionnels de distillation thermique est réduit dans les installations MSF, mais la consommation énergétique reste élevée : 10-25 kWh/m3 d’eau dessalée. Alors on recourt à l’osmose inverse de l’eau de mer (SWRO) qui ne consomme que 4-5 kWh/m3 mais le prétraitement de l’eau de mer nécessité par les sédiments, algues etc. qui encrassent les membranes, génère un surcoût (technologie DAF (Flottation à l’air dissous) /DMF (Filtre à double média).

Obstacles juridiques
Comme pour le traitement des eaux usées, les réglementations environnementales punitives peuvent poser problème,
visant notamment la gestion des rejets salins dans les écosystèmes marins.

Traitement de l’eau : opportunités pour les PME ?

Le traitement des eaux usées et le dessalement ne sont pas seulement essentiels pour répondre aux défis environnementaux mondiaux ; ils représentent également un levier stratégique pour les PME cherchant à se développer à l’international.

PME souhaitant se développer à l’international

En s’appuyant sur une veille stratégique en interne ou externalisée, et en exploitant les opportunités offertes par les appels d’offres et le sourcing international, ces entreprises peuvent, certes contribuer à résoudre une problématique mondiale, mais leur intérêt serait surtout renforcer leur compétitivité sur un marché en pleine croissance. Outre une approche proactive en matière d’innovation technologique, ces PME sont amenées à établir des partenariats solides avec des acteurs locaux et internationaux du secteur hydrique.

Opportunités clés pour les sous-traitants et les fournisseurs

  • Machines et équipements : fourniture de pompes industrielle, de systèmes de filtration avancés, de composants SCADA, de technologies à haut rendement énergétique, de systèmes de dosage de produits chimiques, de solutions logicielles pour la gestion intelligente des réseaux hydriques etc.
  • Services de construction : services de génie civil tels que la préparation du site, l’installation de tuyauteries et la construction de bâtiments.
  • Exploitation et maintenance (O&M) : les contrats prévoient souvent des services d’exploitation et de maintenance à long terme après la mise en service.
  • Expertise spécialisée : expérience dans les technologies de pointe telles que l’osmose inverse ou les processus de boues activées sont très demandées.

PME déjà présentes dans les projets internationaux :

  • PME spécialisées en équipements (systèmes de filtration, systèmes de désinfection UV etc.)
  • Sous-traitance spécialisée (installation de systèmes de pompage, maintenance d’équipements etc.)
  • Prestataires de services (services d’ingénierie, études techniques, supervision de chantiers etc.)
Sous-traitance, Fourniture de machines et équipements, PME

Ces PME ont généralement intégré ces projets via :

  • des appels d’offres de grands groupes (Veolia, Suez etc.)
  • des consultations de bureaux d’études internationaux
  • des appels d’offres d’institutions (Banque Mondiale, BAD etc.)
  • des consortiums avec d’autres entreprises

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